Visitons ces départements aux avant-postes d’une révolution… Celle du tourisme à impact
positif. Certains d’entre eux, comme la Corrèze, le Jura ou la Somme bénéficient d’un nouvel élan. Leur caractère préservé, loin des foules bruyantes, devient un atout de choix dans la course à l’attractivité. D’autres, comme les Alpes-Maritimes et les Pyrénées-Atlantiques, se renouvellent pour conserver leur statut immaculé de champion. Tour d’horizon !

Tout le monde s’arrache la Corrèze
La Corrèze est un monde à elle seule. Ce département qui donna deux présidents à la France incarne la ruralité heureuse. Tant d’histoires s’y confondent. Au nord, le plateau de Millevaches, son aspect rugueux, escarpé, semblable à l’Écosse. Plus bas, Ussel et son « Château-Chirac », la ville médiévale de Treignac, puis le château de Pompadour, qui évoque les amours de Louis XV. Les falaises impressionnantes des pans de Travassac, le charme discret de la ville de Tulle, Brive-la-Gaillarde et son amour invétéré du rugby… Et puis la Dordogne, finalement, ouvre sur ce grand Sud-Ouest qui laisse deviner, comme un écho, les lointaines rumeurs de l’Espagne. Ah, elle est belle la Corrèze…

Ah, elle est belle
la Corrèze !

Trésor longtemps réduit à la portion congrue, le département est aujourd’hui plébiscité, acclamé, désiré. Depuis la covid-19, beaucoup de citadins ont remplacé le rêve des cités balnéaires par celui, concret et véritable, des voluptés terriennes. Le regretté Denis Tillinac, écrivain corrézien et chiraquien (les deux vont de pair) parvint à coucher cette terre sur l’encre de ses pages, notamment dans Spleen en Corrèze (éditions de la Table Ronde).

Le groupe de musique « Les Trois Cafés Gourmands », originaire du cru, a porté la fierté de
cette France des régions heureuses, ravie d’être « rat des champs » plutôt que « rat des villes ». Cet aspect familial, le département veut le chérir : il est porteur ! C’est le tourisme de proximité, familial et amical. En bref, on vient en Corrèze parce qu’une histoire nous ramène à elle. Ce tourisme qui prend son temps, en communion avec la nature, est le modèle privilégié par le département, qui tient à préserver son caractère. Le département entend fidéliser cette clientèle, la pérenniser, alors que nombre de villes et villages profitent de l’attrait des résidences secondaires (sans pour autant provoquer l’envolée des prix de l’immobilier). D’un autre côté, la Corrèze, solidement arrimée au nouveau tourisme, rénove son offre de camping et entend attirer les clientèles allemandes, néerlandaises et britanniques.

Sur le plan de l’écologie, le département de la Corrèze est de tous les combats, aux avant-postes de la lutte. Gestion de l’eau, protection des espaces, alimentation bio dans les cantines, lutte contre le frelon asiatique et le moustique tigre… Pour améliorer l’isolation des logements, il investit. Et se modernise, grâce à son plan fibre optique, à sa politique en faveur des bornes électriques. Corrèze Transition Écologique, agence dédiée, s’attèle à cette tâche d’importance. Tout cela compte, évidemment, pour inventer ce modèle corrézien du tourisme. En Corrèze, le tourisme représente déjà 4 500 emplois (chiffres 2022, année encore marquée par le protocole sanitaire

les nouvelles stars

Jura, le grand bol d’air au coeur des saisons « Je suis un connard de Parisien ». Oui, Charles Consigny a osé le dire. L’avocat médiatique a passé son confinement épidémique au coeur du Jura, un massif majestueux qu’il apprécie depuis des années. « Je me sens tout autant parisien que jurassien. Je ne sors pas de chez moi. Je gère mes dossiers d’ici », déclarait ce grand mondain au micro des Grandes Gueules de RMC. La preuve que le Jura attire de plus en plus, jusqu’aux personnalités de renom. Ce massif encore assez secret abrite pourtant une culture toute à lui, incarnée par « La Madeleine Proust », humoriste formidable qui campa, durant des années, une grandmère jurassienne pleine de bon sens, de générosité et d’un accent… fort prononcé et pittoresque.

Le Jura, terre de sobriété, tient à son caractère sauvage et rustique (il est l’un des seuls endroits en France où le lynx continue à s’épanouir en liberté). La population locale, attachée à une écologie du concret, se défend bec et ongles contre toute forme de bétonnisation. Hiver comme été, du ski de fond au VTT en passant par le canyoning, les activités n’y manquent pas. Des Rousses à Lons-le-Saunier, de Saint-Claude à Dole, de Champagnole à Beaume-les-Messieurs (une vraie merveille !) … Incroyablement préservé, ce département à la fois industriel et paysan profite d’une gastronomie roborative. Et d’une proximité idéale avec la Suisse.

Le Conseil départemental investit chaque année plus d’un million d’euros au secteur touristique. Les autorités indiquent : « La filière tourisme contribue à la promotion et au développement des filières d’excellence du territoire qui font l’ADN du Jura tout en valorisant le cadre de vie des Jurassiens (loisirs sportifs de nature, filière neige et loisirs nordiques, gastronomie-oenotourisme, Jura à vélo, réseaux de sites culturels via JuraMusées, etc.). La Collectivité apporte son concours financier à l’animation du territoire
en soutenant les grands événements sportifs et culturels, et à vocation touristique ».

  •  Interview

Agnès Audeguil
Présidente de Tourisme Corrèze et conseillère départementale d’Égletons

Niché sur une colline de Tulle, dans un superbe édifice patrimonial, le Conseil départemental agit pour promouvoir la Corrèze. Agnès Audeguil, conseillère départementale du canton d’Égletons, a reçu la mission de présider Tourisme Corrèze, l’agence qui pilote la stratégie du département.

Quelle est la stratégie touristique du département de la Corrèze ?
Elle s’articule autour de quatre axes. Nous voulons développer le chiffre d’affaires du secteur touristique, accompagner la transformation numérique des acteurs, incarner le tourisme de proximité, authentique et durable et veiller à la solidarité territoriale, en étant présent sur l’entièreté du département. La clef de notre développement, c’est d’attirer des investisseurs pour monter en gamme. Il s’agit aussi d’attirer de nouveaux visiteurs, y compris à l’international, grâce à l’aéroport de Brive.

Comment communiquez-vous pour attirer de nouveaux visiteurs ?
Certes, nous n’avons pas les grands moyens de certains départements, dont l’économie repose avant tout sur le tourisme. Donc, nous avons voulu faire preuve d’originalité, d’un esprit finalement décalé, avec notre campagne « Chut ! » ; notre slogan pour un tourisme plus lent, plus tranquille. Nous voulons défendre un mode de développement à taille humaine, proche de la nature et des villages. Le développement du sport-tourisme est également un axe privilégié.

Quels sont vos coups de coeur en Corrèze ?
En temps qu’élue du canton d’Égletons, je cite évidemment le musée du Président Chirac, à Sarran. J’aime aussi beaucoup les Gorges de la Dordogne ainsi que les Tours de Merle, fascinant lieu où la nature se mélange à la culture… Et puis, il y a le château de Ventadour, géant de pierre dédié à l’un des plus grands troubadours, Bernard de Ventadour.

L’autre manière d’aimer la mer… La Somme !

Jean-Pierre Pernaut nous avait prévenu. Le natif d’Amiens aimait à célébrer la baie de la Somme par le biais de multiples reportages, diffusés dans son regretté journal. Ces longues étendues sauvages, ces plages brisées par les vents… On y fait face à une espèce d’atmosphère magique, presque digne de la science-fiction. Les phoques ne s’y trompent pas : eux qui aiment tant y faire escale… Très proche de Paris – malheureusement mal desservie par le train – la baie de Somme garde son authenticité, ses ports de pêche typiques comme Crotoy, Cayeux-sur-Mer ou Quend-Plage-les-Pins.

La baie de
Somme garde
son authenticité,
ses ports de
pêche typiques .

Autant d’isolats préservés des foules qui se pressent plus loin, le long des plages normandes ou de la bourgade présidentielle du Touquet. Le Conseil départemental de la Somme déploie toute une politique d’audace, misant notamment sur le tourisme canin, l’amour du vélo, la culture… On ne le sait pas assez, mais Jules Verne, figure d’Amiens, s’inspira beaucoup des plages picardes pour l’écriture de ses romans. Et que dire de ces restaurants côtiers qui proposent de délicieux poissons à des prix défiants toute concurrence – le tout sans aucun chichi. Tout un patrimoine étrangement méconnu. La Picardie est assurément une terre d’avenir ; tant pis pour Anne Roumanoff qui moqua jadis, dans un sketch pas drôle, la froideur présumée de ses climats ! Oui, décidément, il existe un modèle picard du nouveau tourisme.

les champions qui font toujours rêver

Côte d’Azur : le plus beau joyau de France
Avec Paris, la Côte d’Azur est l’autre grand visage que la France montre à l’étranger. Le tourisme y est un secteur capital, en constant renouvellement, sous l’impulsion d’une élue formidable, Alexandra Borchio-Fontimp. Cette élue d’Antibes, également sénatrice des Alpes-Maritimes, préside aux destinées du Comité régional du tourisme (CRT). Cet établissement promeut la marque Côte d’Azur, en France comme dans le monde. Sous l’impulsion d’Alexandra Borchio-Fontimp, le CRT s’est inscrit à la pointe du combat pour l’environnement, en changeant son logiciel, pour intégrer la protection de la planète à ses attendus. En témoigne, par exemple, la campagne « écogestes » qui fédère les milieux de l’HoReCa (comme on dit en Belgique ; soit hôtellerie, restauration, cafés). « Adoptons les bons gestes #CotedAzurFrance ! » est le slogan de cette campagne, qui propose cinq gestes simples pour l’environnement. Ne pas laisser l’eau couler, privilégier la douche par rapport au bain, réguler la climatisation, éteindre les lumières… Mais aussi, conserver sa serviette de bain d’un jour sur l’autre dans les hôtels. Salutaire.

L’autre grand objectif du CRT Côte d’Azur consiste à mieux répartir l’offre touristique sur l’ensemble du département, et même au-delà, car sa compétence s’étend jusqu’à Briançon (Hautes-Alpes) ou encore Avignon (Vaucluse). Bien entendu, le front de mer reste et restera très privilégié, mais il faut aussi intégrer l’arrière-pays, notamment la vallée de la Vésubie ou le parc naturel du Mercantour, qui regorge de trésors naturels, au coeur des Alpes. L’écotourisme, sans être encore l’alpha et l’oméga de la stratégie départementale, joue donc un rôle clef. Du refuge à l’hébergement insolite, cette offre très naturelle, en connexion avec la faune et la flore, est assez inattendue dans un département souvent considéré comme bling-bling… Et qui jouit pourtant d’une grande authenticité, grâce
à sa culture provençale préservée, au coeur de villages typiques et pittoresques. Cette nouvelle dimension intéressera-t-elle les touristes américains, toujours plus nombreux, grâce au formidable développement de l’aéroport de Nice ? Il faut le souhaiter.

Pyrénées-Atlantiques, l’humain d’abord !

Bienvenue dans le « 64 ». Situé aux confins du pays, le département des Pyrénées-Atlantiques regroupe quatre provinces historiques : le Pays basque, le Béarn, la Gascogne et la Navarre. Pau, sa « capitale humaine », selon le slogan de son maire, François Bayrou, rayonne par son attrait novateur. Hier ville d’eau, Pau rime aujourd’hui avec partage et transition durable. Le boulevard des Pyrénées, qui dévoile la superbe chaîne de montagnes, n’est pas pour rien « la plus belle vue du monde ».

Le boulevard des
Pyrénées n’est
pas pour rien
« la plus belle
vue du monde ».

Le schéma départemental du tourisme 2022-2027 vise à répondre « aux nouvelles attentes et pratiques de la clientèle en intégrant la notion d’un tourisme de proximité plus local ». Ce document très étudié avance vers un tourisme « compétitif et durable », une offre attachée à la valorisation de l’existant, des villages de montagne jusqu’aux belles destinations de la côte basque : Saint-Jean-de-Luz et Biarritz en tête. Le département des « PA » a notamment mis en place un fonds dédié au tourisme durable, présent pour financer les initiatives et porter haut les grands projets de développement. Vive la relance verte ! Valentin Gaure

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