La science fait peur, elle intrigue par sa complexité mais en réalité elle représente un atout stratégique dans la lutte en faveur du climat. Elle est aussi gage de fiabilité dans une ère où chaque affirmation est remise en cause. Mais aujourd’hui sa parole n’est pas encore totalement démocratisée. Il devient alors impératif d’inverser la tendance.

Chaque rapport du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), ce sont les mêmes questions, les mêmes regards perdus face aux données parfois trop complexes pour des citoyens « lambda » comme nous. Le langage spécifique et leur diffusion limitée creusent un écart entre les chercheurs et les citoyens. Alors que leurs conclusions concernent notre avenir, dans des domaines comme la santé, le climat ou l’éducation.

En France, selon les chiffres du baromètre « Science et Société », lancé par Ipsos et l’Institut Sapiens, 50 % des Français déclarent bien comprendre les résultats des travaux des scientifiques, une proportion en baisse de 5 points par rapport à 2022. Un pourcentage qui n’est pas assez suffisant alors que 69 % des Français considèrent que la science constitue la principale réponse aux grands enjeux contemporains.

L’importance de la science pour le climat

La science a une place plutôt favorable dans l’esprit des Français : 75 % d’entre eux ont confiance dans les chercheurs et notamment dans les chercheurs du secteur public. Mais les citoyens écoutent-ils les recommandations des scientifiques ? « C’est un vrai sujet, je pense que la parole scientifique est écoutée et entendue en France », explique Ronan Hébert, professeur en géosciences et vice-président adjoint à la transition de l’université CY Cergy Paris Université.

Mais ce n’est pas le cas partout. En effet, aux États-Unis, la parole scientifique est beaucoup plus remise en doute. En cause, la montée du scepticisme et du complotisme, relayés notamment par la droite républicaine au pouvoir, remettant régulièrement en cause le changement climatique. La crise sanitaire n’a pas aidé et a accentué cette polarisation. Certains voyaient les scientifiques comme des guides, d’autres comme une élite manipulatrice. En France, la crise covid a également eu un impact négatif sur la science mais le pays a tout de même gardé confiance en celle-ci.

La science a une place de choix dans l’action en faveur du climat. C’est grâce aux recherches que l’on peut démontrer l’existence du réchauffement climatique, avec notamment des données sur la hausse des températures, la fonte des glaces, la montée des eaux ou encore sur l’état de la biodiversité. Un travail régulièrement sous-estimé mais qui permet des avancées concrètes.

La science joue également un rôle clé dans la recherche de solutions : on pense notamment aux énergies renouvelables, à l’agriculture durable et aux différentes technologies de décarbonation. Mais elle ne se limite pas simplement à l’innovation, elle alerte et renseigne la population. « On a conscience qu’il faut faire comprendre les résultats et les enjeux à une large majorité du public. Et je pense que le scientifique a ce rôle important à jouer surtout dans la diffusion de ses travaux », confie le professeur.

Elle fournit également des scénarios prospectifs pour anticiper et limiter les impacts sur le climat. La science a un rôle majeur à jouer mais sa présence reste encore trop marginale dans l’espace public.

Ces barrières qui freinent la démocratisation de la science

Démocratiser la science, c’est une volonté, mais divers obstacles freinent son déploiement. Dans un premier temps, la complexité des études et le vocabulaire technique employés. « Il y a des scientifiques qui n’arrivent pas à vulgariser leurs recherches, ça leur demande une stratégie particulière et c’est normal ce n’est pas leur métier », précise Ronan Hébert.

Il ajoute : « C’est difficile de rendre un travail accessible sans en faire de trop et sans noyer son propos. C’est souvent le risque dans lequel certains chercheurs tombent ».

Il y a d’autres raisons pour lesquelles les citoyens se défont des études : par manque d’intérêt, de volonté ou par l’emprise des discours climatosceptiques. En effet, les médias occupent aussi une place de choix dans la diffusion des recherches, d’autant plus que sur les réseaux sociaux de nombreuses fake news circulent.

Autres freins : la fracture numérique et le manque de culture scientifique de base, qui empêchent certains d’accéder aux savoirs. Ainsi, démocratiser la science revient également à faire diminuer les inégalités en matière d’accès à l’information.

Rendre la science accessible à tous. Pour cela, à l’université CY, le programme « CY Générations » a été mis en place. Celui-ci vient financer des actions en lien avec la transition, mais aussi des recherches transdisciplinaires. « Ce sont des recherches qui ne sont pas à la portée de tous et dans ce cadre on a financé un poste de chargé de vulgarisation scientifique », relate le vice-président adjoint à la transition à l’université CY.

À ne pas confondre avec la médiation scientifique, qui va plus loin en créant un dialogue entre scientifiques et citoyens, là où la vulgarisation vise à expliquer et à rendre compréhensif.

Et justement, cette médiation s’illustre chaque année à l’occasion de la fête de la science en octobre. Un évènement organisé sur dix jours par le ministère chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Une initiative qui vise à rapprocher les citoyens de la communauté scientifique à travers des animations, des conférences ou encore des visites de laboratoires, par exemple.

« Faire sortir la science de ses murs, ça aide énormément, on le constate à Cergy où on organise parfois des ateliers participatifs dans les centres commerciaux par exemple. Cela aide à créer du lien », indique Ronan Hébert.

Avant de conclure : « Je pense tout de même que la prise de conscience des enjeux passe par l’enseignement et la sensibilisation dès le plus jeune âge. »

Clara Seiler

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