Helios, Green-Got, Goodvest, Lita… Ces fintechs ont toutes un point commun, en plus d’être françaises. Portées par une nouvelle génération d’entrepreneurs, elles oeuvrent pour une finance plus transparente, éthique et engagée face à l’urgence climatique. Leur ambition : permettre aux consommateurs de reprendre le pouvoir sur leur argent.
La finance sera verte ou ne sera pas. Longtemps accusée de financer le pire, elle cherche désormais à soutenir le meilleur. En 2024, les investissements durables ont dépassé les 2 000 milliards de dollars dans le monde, confirmant un basculement progressif vers une économie plus responsable.
En France, les start-up de l’impact, regroupées au sein des indices Impact 40 / 120, ont affiché une croissance de 26 % en 2025, malgré un climat économique incertain. Des néobanques comme Green-Got ou Helios, des plates-formes d’investissement comme Goodvest ou Lita incarnent cette nouvelle génération d’acteurs qui donnent l’opportunité aux citoyens de savoir où va leur argent. La finance verte, qui était hier un marché de niche, est aujourd’hui un levier central pour construire l’économie de demain.
Entre rentabilité et engagement responsable
Pendant longtemps, on a opposé écologie et finance. À l’évocation des termes « finance verte », on criait au greenwashing. Depuis, la réglementation a évolué : l’Investissement Socialement Responsable (ISR) a été réformé, apportant plus de rigueur et de transparence sur la finance durable.
« Il y a toujours du greenwashing mais certainement moins qu’avant », concède Joseph Choueifaty, cofondateur de la fintech Goodvest. « Il faut être attentif, regarder ce qui compose les portefeuilles. La finance doit être le moteur de la transition écologique », ajoute-t-il.
Parmi les pionniers de la finance verte, Helios, depuis 2020, et Green-Got, depuis 2022, s’engagent à orienter l’épargne de leurs clients vers la transition écologique, tout en misant sur une expérience numérique fluide et accessible.
« Aujourd’hui, la finance est le plus gros levier de la transformation. Il est primordial de rediriger les flux financiers des anciennes économies, c’est-à-dire qui proviennent des énergies fossiles, vers la nouvelle économie, verte », appuie Maud Caillaux, cofondatrice de Green-Got.
Illustration de leur engagement : les deux fintechs proposent à leurs clients une carte bancaire conçue en bois et plastique recyclé. Dès 2014, la plate-forme 1001pact, devenue Lita en 2017, a permis aux particuliers d’investir directement dans des projets à impact social et environnemental.
« J’ai voulu lancer Lita parce que nous nous sommes posé la question avec mon associé de comment remettre de la transparence sur les marchés. (…) Nous souhaitions rendre la finance compréhensible et la connecter à l’économie réelle, une économie qui pour nous était l’économie de demain. En parlant avec les entrepreneurs, nous avons réalisé leur difficulté à trouver des financements à long terme, des fonds propres. (…) Nous sommes allés voir des fonds aussi, ils se sont moqués de nous au début : deux jeunes qui veulent faire du private equity pour le grand public, pour l’entrepreneuriat social, rien n’allait », confiait Eva Sadoun, la cofondatrice de la plate-forme dans les colonnes de L’Info Durable en 2020.
S’il y a quelques années on leur riait au nez, ces financiers de la nouvelle génération ont su convaincre qu’investissement durable rime avec performance et impact positif.
La transparence comme fil directeur. À titre d’exemple, Helios et Green-Got ont chacune mis en ligne un rapport d’activité accessible et détaillé. Une démarche qui contraste avec l’opacité souvent reprochée au secteur financier.
Pour ce qui est du business pur, les chiffres parlent d’eux-mêmes : Goodvest a levé 12 millions d’euros en septembre et vise le milliard d’euros sous gestion fin 2027. De son côté, Green-Got compte 150 000 utilisateurs et traite 2 milliards de transactions.
La finance verte : une question de génération ?
Les placements durables et responsables sont de plus en plus populaires ces dernières années. La dernière enquête de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) rapportait qu’en 2023, 54 % des Français prenaient en compte cet engagement dans leurs choix d’épargne. Loin d’être un effet de mode, elle semble au contraire s’inscrire dans une évolution profonde des attentes des épargnants.
Pour preuve : il existe désormais des formations dans le domaine, alors qu’elles étaient encore inexistantes il y a quelques années. « Tout le monde de la formation se positionne sur ce secteur. Quand nous avons lancé notre programme, en 2016, nous étions pionniers. C’est devenu aujourd’hui le courant dominant », analyse Christophe Revelli, professeur au sein du master finance durable et d’investissement d’impact à Kedge Business School. C’est à la demande des étudiants que ce master a été créé.
C’est une surprise pour personne, la jeune génération est très sensible aux enjeux de la lutte climatique. Chez Green-Got, la moyenne d’âge des membres est de 30-35 ans. « On aimerait avoir 66 millions de clients d’ici à dix ans », plaisante à moitié la cofondatrice.
Gare aux clichés : « ce n’est pas uniquement la jeune génération qui s’intéresse à la finance verte. Nous avons une clientèle diversifiée en termes d’âge », soutient Joseph Choueifaty.
L’éducation financière est aussi au cœur de la finance verte. Aujourd’hui, les clients demandent plus de transparence : ils veulent savoir ce que finance leur argent. « À terme, les Français seront très alertes sur comment gérer leur argent, où le placer et quel monde il construit », prédit Maud Caillaux.
Pour que la finance verte touche un large public, il faut rendre l’offre crédible et intéressante. Démontrer que l’on peut avoir des placements responsables et performants avec une tarification compétitive.
Plusieurs mesures peuvent renforcer cette dynamique. La première étape consiste à encourager un large panel d’acteurs, comme les universités, les entreprises ou les collectivités, à proposer des formations et des actions de sensibilisation sur les enjeux environnementaux et la finance durable.
Lisa Begouin










