Acheter, consommer puis jeter. Aujourd’hui, plus que jamais nos modèles de consommation doivent évoluer. Alors de nouvelles pratiques entrent en jeu comme le reconditionné, le réemploi ou encore l’autoréparation. Certaines sont moins démocratisées que d’autres mais toutes représentent des leviers essentiels pour les modèles durables de demain.
Nos ressources naturelles s’épuisent. Il devient alors urgent de bousculer notre système actuel. La production en masse et la surconsommation s’inscrivent dans le quotidien, avec aujourd’hui toujours plus de produits importés. Une dynamique qui nuit à l’environnement mais également aux producteurs locaux. Un double enjeu qui s’ajoute à celui du pouvoir d’achat.
Proposés à des prix cassés, ces produits sont les plus attractifs et compétitifs du marché, que cela soit dans le secteur du textile, de l’électronique ou de l’alimentaire. Au regard de l’inflation et des différents contextes politiques, ce modèle reste privilégié. Mais la réalité écologique le rattrape peu à peu, encourageant le recours au réemploi, à la réparation ou au reconditionné.
D’après un sondage OpinionWay pour le réseau Envie en septembre 2024, près de 7 Français sur 10 sont prêts à acheter un appareil électroménager reconditionné. Des comportements qui évoluent mais qui ne suffisent pas à endiguer totalement le problème.
Sortir du modèle linéaire
Produire et consommer de manière plus responsable, c’est ce que promeut l’économie circulaire. En ligne de mire, le prolongement de la durée de vie et d’usage des produits.
« Aujourd’hui, le taux de circularité dans le monde est de 6 %, c’est trop faible. Donc l’objectif tend à sortir de cette dynamique en produisant moins et mieux », explique Emmanuelle Ledoux, directrice générale de l’Institut National de l’Économie Circulaire (Inec).
Ainsi, le réemploi et le reconditionné apparaissent comme essentiels. Mais qu’entend-on réellement par réemploi et par reconditionné ?
Le réemploi est une opération par laquelle un objet ou un matériau obtient une seconde vie grâce à sa réutilisation, sans réparation ni transformation significative.
En revanche, le reconditionné consiste à passer par un intermédiaire pour remettre en état l’objet en question pour qu’il puisse être réutilisé.
« Il y a aujourd’hui une facilité à jeter des équipements qui sont encore fonctionnels ou qui pourraient être réparés. Alors ce qu’on appelle la société de réparation, c’est ce qui permet de donner toutes les clés aux citoyens pour faire réparer leurs objets », argumente Samuel Sauvage, cofondateur et porte-parole de l’association Halte à l’Obsolescence Programmée (HOP).
L’auto-réparation comme nouvelle solution
Les initiatives en faveur de l’auto-réparation se multiplient. L’objectif : réparer par soi-même à l’aide ou non d’outils et de conseils. Une manière pour les consommateurs de réaliser des économies tout en limitant leur empreinte carbone.
Si le modèle évolue, sa pratique reste encore trop faible, comme le souligne Emmanuelle Ledoux : « On est aujourd’hui très loin du compte, le modèle de la réparation décroît, hormis dans l’automobile, et on le voit le nombre de réparateurs a nettement diminué. » En cause : les produits qui ne peuvent pas être réparés ou qui coûtent trop cher à réparer par rapport au prix d’origine.
Ainsi, les consommateurs jettent et rachètent, alors que de nombreuses initiatives naissent en ce sens. Même si on ne possède pas les compétences pour, la co-réparation existe. C’est le cas dans les Repair Cafés, des ateliers de réparation collaboratifs où des bénévoles viennent partager leurs savoirs et aident à réparer.
Au même titre que le réemploi et que le reconditionné, l’auto-réparation concède de nombreux avantages budgétaires et environnementaux.
« L’essentiel de l’impact d’un produit est sa fabrication, c’est l’extraction de la matière première, par exemple on estime que derrière un ordinateur, il y a environ 800 kilos de matières premières extraites. Donc le vrai geste écologique ? Faire durer ses produits ! », précise le cofondateur de Halte à l’Obsolescence Programmée.
Inciter et accompagner les différents acteurs
Pour inciter les citoyens à consommer mieux, plusieurs actions ont été mises en place dans les associations.
« Dans nos différents colloques, conférences, publications, on montre les avantages du reconditionné et de la seconde main. On aide aussi les entreprises à monter en compétences dans le club de la durabilité », précise Samuel Sauvage.
Si selon lui les comportements d’achat dans le reconditionné progressent, il faut aller plus loin. L’association souhaite par exemple une baisse de la TVA sur les activités de réparation ou sur les produits de seconde main. L’objectif : inciter davantage les citoyens à changer leur pratique.
Pour ce faire, l’État a mis en place une série de mesures pour accélérer cette transition. La première, le bonus réparation, permet d’obtenir une remise, entre 10 et 50 euros selon le type d’appareil, afin d’allonger la durée de vie d’un objet.
En 2024, nos confrères d’Actu Environnement précisaient que deux ans après le lancement du bonus réparation, moins d’un tiers de l’enveloppe prévue avait été dépensé (63 millions d’euros).
Le bonus réparation textile propose également 6 à 25 euros de réduction sur la réparation de vêtements et chaussures auprès de réparateurs labellisés Refashion.
Autres mesures : l’indice de réparabilité indique sur chaque produit s’il est plus ou moins réparable, ainsi que l’obligation de fournir des pièces détachées pour les outils de jardinage, de bricolage, de sport ou de loisirs, favorisant le droit à la réparation.
Le tout s’inscrit dans la loi Agec, qui a vu le jour en 2020 et qui vise à transformer notre modèle linéaire en un modèle circulaire.
La réparation, deviendra-t-elle une pratique courante ?
Aujourd’hui, beaucoup d’obstacles freinent le modèle de la réparation : le prix, le temps et les connaissances cognitives, notamment au niveau des différents labels mis en place.
« On ne choisit pas de réparer un produit au moment où il est cassé ou abimé mais au moment où on l’achète. C’est une question de gisement : un manteau cher, je vais le réparer, mais pas un manteau qui ne vaut rien », dénonce la directrice générale de l’Inec.
Et ces problèmes de flux impactent bien plus que ça le marché de la réparation.
« Dans les années 1950, on comptait plus de 45 000 cordonniers en France, tandis qu’ils ne dépassent pas 3 000 aujourd’hui. Cette dynamique de baisse du nombre de réparateurs provoque des déserts de services et c’est sur ce point qu’on essaye de faire bouger les lignes. Parce que maintenant, réparer est devenu un acte de foi », complète-t-elle.
L’enjeu étant vraiment d’accompagner et de planifier : comment produire autrement ? Comment travailler autrement ? Une responsabilité collective qui déterminera le tournant que prendra dans quelques années le modèle de la réparation en France.
« Il faut vraiment s’interroger sur nos besoins, il ne s’agit pas simplement de muter vers des objets d’occasion, il faut aussi réduire en valeur absolue », conclut Samuel Sauvage.
Clara Seiler










